A propos du gossip

Nous sommes dimanche, et j’avais prévu de parler de ça :

J’avoue qu’en ouvrant mon ordinateur, je me suis dit que le dimanche pouvait être jour de relâche ; et la relâche en l’occurrence, appelons-la commérages.

J’ai appris cette semaine que notre cerveau était programmé pour tirer du plaisir du gossip. J’ai fait une rapide petite recherche google et ça a donné ça (no comment sur la source) : 

« Ainsi, une étude italienne menée par l’université de Pavie en 2017 a montré que discourir sur notre entourage libère dans notre cerveau une hormone susceptible de réduire notre stress. Les chercheurs ont recueilli la salive de 22 sujets ayant partagé des conversations plus ou moins médisantes. Ceux qui avaient été le plus critiques présentaient un taux nettement plus élevé d’ocytocine, l’hormone du lien social ! Comme si dénigrer les membres du groupe devenait un moyen de valider son appartenance à celui-ci. » 

Source : femmeactuelle.fr 

Petite rectification donc : de ce que je comprends, ce n’est pas tant du plaisir personnel, que du plaisir social, que l’on tire du gossip. Autrement dit, je sais que si je commère un peu un dimanche 19 janvier, on en tira du plaisir ; et si l’on en tire du plaisir, on reviendra plus facilement lire mes articles.

Avant de passer au vif du sujet, constatons, par un petit sophisme, que faire du dimanche un jour de gossip peut avoir quelque chose de dérangeant pour un esprit pur :

  • Si dimanche, jour de repos
  • Alors dimanche, jour de gossip.
  • Mais pourquoi dimanche jour de repos ?
  • Parce que dimanche, jour du Seigneur.
  • Mais alors jour du Seigneur, jour de blasphème ? 

On devra peut-être choisir un autre jour pour médire. Tant pis.

Les gossips à présent ! J’ai entendu ce matin (19/01) sur Franceinfo, que d’après un sondage Elabe pour Dimanche Matin, Rachida Dati arriverait deuxième après Hidalgo dans la course pour les élections municipales à Paris, laissant gentiment les garçons (i.e. Benjamin Griveaux et Cédric Villani) se bagarrer derrière pour la troisième et quatrième place. 

J’ai bien ri (et je me suis auto-congratulée pour mes talents de devin, qui prévoyait depuis belle lurette le scénario de la tortue Dati dépassant les lièvres macronistes), et puis j’ai eu une envie irrépressible de lire Roméo et Juliette, à la pensée du fameux « Je suis le jouet de la fortune ». Parce que s’il y a bien une chose que cette comédie parisienne raconte, c’est que les deux candidats macronistes souffrent du mal qui a ironiquement mené Manumac au pouvoir, à savoir le « Diviser pour mieux régner ». Manumac a bénéficié de la division de la gauche pour s’imposer ; de la même façon, Dati bénéficie de la division de la macronie pour s’imposer.

Or « on dit » (le « on dit » caractéristique du commérage) souvent, ou plutôt on croit souvent, que tout est calculé, que tout est prévu, que les politiques sont de fins stratèges et calculateurs. Dans ce cas présent, on est tenté de croire que Manumac a senti le vent de la division, à gauche comme à droite, et qu’il en a tiré parti. On est tenté de croire que Dati, voyant la division de la gauche, entre socialistes et écolos, et la division de la macronie, entre Griveaux et Villani, avait prévu d’en tirer à son tour son parti.

De manière générale, on croit souvent que les autres sont ultra-calculateurs et clairvoyants. Qu’ils ont tout prévu, tout anticipé, qu’ils sont sur-préparés, et que leur intelligence, leur talent, leur travail dépassent en tous points les nôtres.

Bergson a écrit à ce sujet des lignes fort intéressantes, qui dévient un peu de notre présente démonstration, mais chaque ligne étant un délice, j’en insère quelques-unes : 

« On mettrait bien du temps à devenir misanthrope si l’on s’en tenait à l’observation d’autrui. C’est en notant ses propres faiblesses qu’on arrive à plaindre ou à mépriser l’homme. L’humanité dont on se détourne alors est celle que l’on a découverte au fond de soi. Le mal se cache si bien, le secret est si universellement gardé, que chacun est ici la dupe de tous : si sévèrement que nous affections de juger les autres hommes, nous les croyons, au fond, meilleurs que nous. Sur cette heureuse illusion repose une bonne partie de la vie sociale »

Les deux sources de la morale et de la religion, Bergson

 La conquête de la mairie parisienne raconte précisément cela : les politiques, comme les hommes, sont en réalité les jouets du destin. Machiavel a raison, jusqu’à un certain point : le Prince ne peut pas tout préparer. Quelle part de complotisme, dans la victoire de Manumac en avril 2017, et quelle part de destin ? Le désordre parisien pousse à croire que l’improvisation plutôt que le calcul est aussi monnaie-courante à En Marche, que dans n’importe quel autre parti, et que même dans l’hypothèse où l’on serait capable une fois d’appliquer parfaitement une recette, rien ne nous immunise contre les retournements de fortune. 

Concluons donc sur une morale provisoire : dans le commentaire des errements, des retournements, et des coups de théâtre politiques, nous trouvons autant d’occasions de nous ramener à notre humanité partagée, moins menée par la raison que par le coeur. C’est peut-être pour cela que l’on préfère parler gossip, que de parler technique.

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