La pensée spontanée ?

En revoyant récemment deux vieilles copines, pleines de bienveillance et de bonnes intentions, j’ai pu débloquer un certain nombre de réflexions qui tournaient en rond, et à vide, dans mon esprit.

Aujourd’hui encore j’ai eu le même sentiment, grâce à une autre lumière amicale, le déblocage me venant d’un court texte, que je retranscrit ici mais que je recommande d’aller écouter ici, c’est mieux.

La honte d’être fatiguée, triste ou malade. La honte d’être victorieuse, forte, douée. La honte de son corps. La honte de sa sexualité. La honte de ce qui nous fait du bien. La honte de ne pas boucler ses fins de mois. La honte d’être mère. La honte de ne pas être mère. La honte de ses addictions, la honte de ses traumatismes, la honte de sa spiritualité. La honte d’avoir été agressée, harcelée, violée.

J’ai réalisé récemment que ce sentiment de honte était permanent dans la psyché des femmes. Et cette honte, c’est un mécanisme puissant de silenciation. Quand on a honte on se tait. Quand on a honte on reste seul·e. Dire « moi aussi », toutes ensemble, c’est une façon de lever la honte et de lever la loi du silence. 

Lauren Bastide, La Poudre

De leurs remarques, de leurs conseils, j’ai abouti à un certain nombre de conclusions provisoires. J’en suis venue à me demander pourquoi, et par quel miracle, est-ce que l’intervention de l’autre dans les cheminements de ma pensée me permettait d’avancer.

Je me représente certaines de mes pensées, obsédantes, on le reconnait, comme des cercles fermés, tournant sur eux-mêmes. Pour aboutir à quelque chose, plutôt que de tourner à vide sur elles-mêmes, ces pensées ont besoins de moments, d’endroits de rupture et d’ouverture vers un cercle plus large, englobant le premier cercle. Et ainsi de suite, comme un jeu de l’oie ou un réglisse Haribo.

Le plus souvent, c’est de mon esprit que vient le décrochage, permettant l’ouverture : c’est la pensée spontanée (mais peut-il vraiment exister une génération spontanée ? question pour un autre jour). Le propre de l’obsession à l’inverse, c’est de tourner en rond, sans trouver d’issue, de voie de sortie.

D’où le rôle salvateur de l’autre – en venant tourner avec soi dans le rond de la pensée, il intègre la sienne, qui diverge nécessairement, ne serait-ce que d’un iota. Et souvent, cette infiniment petite brèche suffit pour que le décrochage se taille et s’ouvre. Il ne suffit alors plus que d’attendre, en arrosant régulièrement la germe ainsi déposée, attendre que l’esprit enfin se libère.

C’est mon expérience personnelle de la pensée obsédante ; c’est l’inverse, ou le complémentaire, de ce que Sartre voit en l’autre, qui nous renvoie sa propre image de nous. En l’appliquant à la pensée, l’appropriation par l’autre de ma pensée me renvoie à nouveau une image de celle-ci, mais telle que je l’avais pas ; si j’accepte de la regarder, je l’intègre à ma pensée et je me la réapproprie, c’est-à-dire j’en fais littéralement ma propriété en la chargeant à nouveau de ma vision des choses.

En gros, rien de tel que la critique constructive pour s’extraire des pensées stériles. C’est par le même processus qu’un artiste dit de son oeuvre qu’elle ne lui appartient plus. Son oeuvre est l’expression dans le monde de son être. Dans la langue de Bergson :

« Nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l’expriment, quand ils sont avec elle cette indéfinissable ressemblance qu’on trouve parfois entre l’œuvre et l’artiste »

Essai sur les données immédiates de la conscience, Bergson

Or dès lors qu’elle est dans le monde, l’oeuvre est appropriée par l’oeil qui la voit ; cet oeil va y intégrer son propre être, puis la remettre au monde ; et ainsi de suite pour tous ceux qui verront, critiqueront, analyseront, parleront de l’oeuvre. Elle revient à l’artiste chargée de sens et d’ouvertures nouvelles. Elle n’est donc plus lui dans le monde, mais elle est lui additionnée à d’autres.

Concluons, donc sur l’amitié. Concluons sur la préciosité, mais le mot est laid à l’inverse de l’idée ; la valeur, mais le mot est faible à l’inverse de la vérité ; ou plutôt la liberté, mais le mot est politisé à l’inverse du coeur, de l’amitié sincère, qui fait avancer.

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