« I’m just a girl, standing in front of a boy, asking him to love her » – de l’impossibilité d’être soi-même

Critique du film Coup de foudre à Notting Hill

J’ai été mise au défi de faire la critique philosophique du film de Roger Michell, Coup de foudre à Notting Hill. Je le précise parce que jamais, de moi même, je n’aurai choisi une comédie romantique (un peu) fleur bleue comme matériau d’analyse. Quoique … je n’ai pas eu besoin de revoir coup de foudre à Notting Hill pour en faire la critique, parce que je l’ai déjà vu mille fois. Donc j’avoue le côté fleur bleue. J’aime bien le film, et j’aime bien les films fleur bleue parfois. Mais ce n’est ni l’image que je renvoie ni celle que je veux renvoyer ; donc je me garde d’en parler. Pourtant, je sais qu’au fond de moi, et avant, j’ai été et je suis une petite fille, fascinée par Sissi, les histoires d’amour et les fleurs bleues.

C’est précisément cette impossibilité entre ce que l’on est « au fond de soi », ce que l’on choisit d’être en vivant et ce que l’on renvoie comme image de soi qui est à mon sens au cœur du film de Roger Michell.

On le sait, Julia Roberts est elle-même dans le film : une immense star hollywoodienne, Anna Scott. Mais c’est aussi « just a girl », juste une fille, plutôt qu’une femme, c’est à dire une moitié d’humanité. Et c’est comme cela qu’elle veut être vue aux yeux de William Thacker (Hugh Grant), garçon, plutôt qu’homme, avant d’être libraire.

Tout l’humour et le drame du film tourne autour de cette contradiction entre les deux amoureux : elle est une star, sa mère ne sait pas comment il s’appelle ; elle est riche, il doit vivre de ses maigres revenus en colocation ; elle tourne films sur films à travers le monde, il tourne en rond à Notting Hill. Toutes ces contradictions sont touchantes d’abord – elles nourrissent l’intrigue, les cœurs et l’amour. Mais à mesure que l’histoire avance, chacun renvoie à l’autre une image peu flatteuse : elle lui renvoie l’insignifiance de sa condition, il lui renvoie son caractère inateignable. Et finalement le fait de s’aimer les renvoie devant l’incompréhension d’eux-mêmes : chacun, à son tour, est amené à se demander « qui suis-je ? », suis-je cette star froide et détachée, que l’on ne peut aimer ? Suis-je ce libraire à œillères, qui ne peut aimer que ce qui ne le met pas en danger ?

Au fond d’elle, Julia Roberts se sait « just a girl », mais elle est actrice de cinéma. Aux yeux d’Hugh Grant, c’est comme ça qu’elle est d’abord reconnue – pour le meilleur comme pour le pire. Pour le meilleur, parce qu’il n’aurait pas fait montre de sa maladresse charmante, s’il n’avait pas été distrait par son apparition « irréelle ». Pour le pire, parce qu’il en oublie parfois qu’elle est humaine et femme – et qu’elle a besoin d’être aimée pour ce qu’elle est, une femme, et non pour ce qu’elle fait. A l’inverse, elle le voit avant tout comme un homme – et elle oublie qu’il est libraire, dans une petite ville d’Angleterre, ce qui fonde aussi son identité.

Ce qui rend finalement possible l’amour, c’est la rencontre entre la fille qu’elle est et le garçon qu’il est. Et c’est ce qui me fait aimer les fleurs bleues : l’inexplicable, l’insaisissable des cœurs, qui se rencontrent et s’aiment pour ce qu’ils sont, c’est tout. J’en viens donc à une conclusion suicidaire : il n’est plus possible, à un moment, de philosopher sur l’amour.

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