Pour un avenir européen, post-Covid

Je n’ai pas su quoi écrire pendant un temps – apeurée par les airs de fin du monde, perturbée par les drames personnels qui se dénouent, angoissée des lendemains incertains. J’ai été assommée par le drame collectif qui se profilait, et par l’indolence collective qui y répondait ; puis je me suis trouvée moi-même indolente, et arrogante face aux dangers. J’ai toussé, craint la fièvre ; je me suis alternativement rassurée et inquiétée à la lecture et à l’écoute des informations.

Puis je me suis souvenue que j’étais en vie – que demain, cette vie recommencerait peut-être, et que si, par bonheur, il en était ainsi, il fallait être au rendez-vous des désirs et des rêves toujours à vivre.

Nous sommes a un moment charnière de notre histoire collective. 

Dans ces moments de crises majeures, qui bouleversent durablement la vie des hommes et des femmes, nous nous retrouvons toujours face au même dilemme : se planquer et attendre que ça passe, ou affronter la tempête et penser à demain. 

J’ai l’impression que pendant un temps, nous avons perdu la boussole du salut collectif. Que nous n’avons pas vu qu’aujourd’hui se planquer et abdiquer, c’était sortir pour rencontrer des amis à distance malgré le confinement ; c’était partir à la campagne malgré les restrictions de circulation ; c’était ne pas porter de gants ou de masques au supermarché ou dans son immeuble. Nous avons voulu nous planquer, attendre, attendre comme si la vie pouvait être suspendue, comme un match de football, et allait reprendre avec l’arrivée des beaux jours. Le planqué aujourd’hui, ne se planque pas chez lui. Il se cache face à lui-même, face à sa liberté et face à sa responsabilité. Le planqué croit qu’il pourra survivre planqué tout seul sans devenir fou.

Pour nous européens traumatisés, se planquer c’est fermer les yeux sur les drames d’hier, et refuser la construction des rêves de demain.

Pour nous européens insouciants, se planquer c’est croire que l’on va cesser la progression du virus, tout en continuant à ne pas se protéger suffisamment, à ne pas porter de masque, à ne pas stopper toutes nos sorties, à ne pas se tester massivement.

Pour nous européens gâtés, se planquer c’est croire que l’économie repartira comme si rien ne s’était passé, comme si l’état avait des capacités de financement et refinancement illimités, comme si la paix sociale dépendait seulement de l’armée. 

Comme si les entreprises pouvaient continuer à payer leurs salariés quand les caisses sont vides ; comme si l’état pouvait compenser toutes les pertes de revenus sans devoir sacrifier son indépendance ; comme si les muscles des militaires et des policiers n’étaient pas avant tout les ceux d’hommes rompus à la fatigue, à la peur et au doute.

Aux heures de crises, il n’est plus question de se planquer ; il est besoin d’affronter la tempête, et de penser à demain. Il est besoin d’agir. 

Agir aujourd’hui, c’est abolir l’inaction préventive. Agir, c’est choisir un futur souhaitable. Agir, c’est rendre ce futur réalisable. 

Ce futur doit être à l’image des plus beaux jours d’hier – les jours de santé, de prospérité, de bonheur. 

Agir aujourd’hui, c’est dans un premier temps, œuvrer avec vigueur à l’arrêt total du virus – qui ne dépend pas que de nous certes, mais contre lequel nous pouvons quelque chose. Entendons et diffusons le savoir : se faire tester, porter des masques, rester chez soi, laver nos habitats. 

Agir aujourd’hui, c’est dans un second temps, penser et préparer demain. D’abord en protégeant les travailleurs exposés en première ligne : les caissiers, les agents de sécurité, tous les commerces de première nécessité – en leur fournissant masques et sécurité de l’emploi ; en protégeant et en aidant demain ceux en deuxième ligne : tous les invisibles, tous les travailleurs indépendants, tous les travailleurs obligés, qui maintiennent la santé économique du pays, parce qu’inlassablement ils continuent parce qu’ils savent qu’il ne faut pas cesser d’avancer pour se nourrir, et nourrir les siens ; puis en rendant demain à ceux du front, aux médecins et aux personnels de santé, plus que des applaudissements, des heures de travail et de sueur – des revalorisations, des ouvertures de postes, des perspectives de carrière, de l’écoute et du soin avant tout.

Penser et préparer demain, c’est ensuite mettre ou remettre au travail tous les salariés d’entreprises dotés de moyens et de volonté – le télétravail pour ceux n’usant pas de leurs corps tout entier, la sécurité et la protection pour les plus exposés. Les grandes entreprises en ont largement les moyens, il faut leur insuffler la volonté. Leur survie et leur prospérité dépend de notre survie et de notre prospérité collective – il ne sera plus question pour elles d’aller vendre des yaourts en Inde ou de construire des ponts à Dallas, lorsque le virus sera partout, dans les corps comme dans les coeurs de ceux qui ont peur. 

Enfin, penser et préparer demain, c’est se montrer à la hauteur des enjeux européens. Notre avenir citoyen doit être étoilé de bleu, s’il veut être indépendant. 

L’État français ne peut tenir ses engagements et ne pourra tenir ses promesses que si l’Europe est à la hauteur. 

Français, nous devons rêver d’être un jour européen : de voyager aux confins des plaines toscanes de l’Italie sans craindre de n’être pas remboursé à l’hôpital public ; d’être embauché dans les pharmacies, les usines allemandes sans craindre la concurrence de l’ami roumain ou bulgare ; de construire autoroutes et ponts aux frontières franco-belges sans craindre l’épuisement de nos ressources naturelles. 

Européens, nous devons nous montrer solidaires dans l’adversité – si nous tenons à notre souveraineté collective, nous devons écouter les enseignements des voisins blessés, solliciter l’aide des voisins en meilleur santé, convaincre les voisins trop exposés. 

Il est temps de décider du futur que nous voulons, de choisir une bonne fois pour toute la vie, et d’agir sans crainte, mais avec résolution, pour une Europe recentrée, concertée et enfin soignée de ses maux. 

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