X Æ A-12

Il y a quelques semaines, Elon Musk a eu un enfant, et il lui a donné un nom complètement improbable, X Æ A-12 – un mix entre du langage normal, du langage elfique, et du code référentiel. C’est une utilisation des symboles connus, pour en créer un autre. C’est comme le langage informatique, qui est la création à partir de langages connus d’un nouveau langage. L’avenir seul nous dira si la laideur des signaux, l’impossibilité de le prononcer ou d’autres raisons feront que son fils sera le seul à s’appeler ainsi, ou si d’autres suivront.

Cette expérimentation m’a fait penser à la fonction du langage dans notre vie, à sa capacité d’évolution, à son rôle. On peut considérer avec Piaget que c’est un biais de compréhension, de façonnement et de déformation du monde – un lieu somme toute d’expression de la créativité humaine. On peut considérer avec l’Ancien Testament que c’est un outil de division de l’humanité. On peut considérer aussi que c’est une possibilité d’ouverture, d’enrichissement, d’agrandissement – c’est une vraie richesse de connaitre d’autres alphabets, de parler d’autres langues, de comprendre des langues d’autres que les nôtres. Ma capacité d’apprentissage s’est arrêtée au russe, et à son alphabet cyrillique – en partie probablement parce que je ne l’ai pas beaucoup entendu, pas beaucoup vu, pas beaucoup rêvé. Mais je n’ai aucun doute sur l’enrichissement, même temporaire que ça a été – ça m’a permis de voyager, de connaitre une autre culture, de comprendre de nouvelles choses, de rencontrer d’autres personnes. Je n’ai peut-être pas réussi à le parler, mais dans l’essai même, j’y ai trouvé souvent du plaisir, parfois de la frustration, en tout cas toujours beaucoup de vie. 

Maintenant, mettons que je me mette à vouloir apprendre un autre langage, mais que je sois aussi soucieuse du temps que je vais passer à l’apprendre, et des possibilités que ça va m’ouvrir – j’ai à cœur de trouver le plus de plaisir et de satisfaction possible dans mon apprentissage et dans les finalités que je lui trouve. La langue italienne est belle par exemple, mais j’ai trop de paresse et pas assez d’intérêt pratique à l’apprendre – je préfère l’écouter chanter dans la bouche d’autres, et je pourrai comprendre ce qu’il s’est dit en parlant anglais ou français après. Je ne veux pas pour autant qu’elle disparaisse, ou qu’elle soit remplacée par l’anglais ou le français – aussi faut-il que je l’apprenne moi aussi pour être sure qu’elle sera toujours parlée ? Ou est-ce que je peux faire confiance au fait que les italiens et les italiennes continueront de parler italien à leurs enfants, et à leurs amis, qu’il y en aura toujours pour préférer continuer à parler italien, et qu’il y en aura toujours pour préférer apprendre le français, l’italien, l’espagnol, le chinois, le russe. 

Et parallèlement alors, est-ce que je peux désirer inventer une autre langue, et parler une autre langue – par exemple le code informatique, qui est une langue me permettant de créer de nouvelles fonctionnalités sur internet, me permettant d’étendre et de diffuser les connaissances plus rapidement, me permettant potentiellement de créer les outils facilitant mon apprentissage de l’italien dans le futur ? Il est de plus en plus facile d’apprendre l’italien grâce aux outils qui ont été inventés – il y a eu les CDroms qui permettent de répéter les mots d’abord, puis il y a une les applications qui font apprendre un mot par jour ensuite, et aujourd’hui il y a des méthodes combinées d’apprentissage associant les outils numériques et l’accompagnement pédagogique. 

Tout comme je suis sure qu’il n’y a à la fois aucun et tout intérêt à apprendre une nouvelle langue (les deux positions étant défendables, et n’étant qu’affaire de préférences personnelles), je suis sure que la diversité des langues parlées est éternelle, qu’elle est amenée à s’étendre, et que c’est dans la création d’autres et de nouvelles langues, mais surtout dans leur enrichissement que réside le progrès de l’être humain. 

Pourquoi ? L’enrichissement de la langue est susceptible d’effacer les jugements moraux associés à certains mots – dans le choix des mots, très souvent on préfère consciemment ou inconsciemment un mot à un autre soit parce qu’il a une sonorité désagréable, soit parce qu’on considère qu’il n’est pas beau, soit parce qu’il est péjoratif ou mélioratif. Aussi, l’enrichissement, et la progression du langage est peut-être susceptible d’effacer certains jugements moraux associés à certains mots, et partant d’améliorer dans son ensemble la beauté de la langue et les rapports sociaux. On peut toujours rêver.

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