Quel espoir tirons-nous de la religion ?

J’écoutais la messe ce matin, ses chants familiers, et son faste mélancolique. J’écoutais la messe, et je me rappelais des bancs de l’école, des framboises les jours de fête, et des parquets cirés, glissant les jours de pluie. J’écoutais la messe, et une fois n’est pas coutume, en me demandant pourquoi, j’y ai trouvé une nouvelle réponse. 

Je me suis rendue compte que si je décidais de croire en Dieu, alors il fallait que je choisisse mon Dieu – celui des catholiques, des protestants, des musulmans, des juifs ou des orthodoxes. Si je décidais de croire en Dieu comme on l’entend en Occident, alors je devais pouvoir le définir, le matérialiser dans un être suprême – et qu’en fonction de cet être suprême, je règlerai ma conduite pour gagner mon paradis. 

Comme l’amour – je choisis un objet d’investissement de mon désir, qui n’en demeure pas moins un sujet sur lequel je vais régler mon identité. Je choisis quelqu’un qui deviendra mon Dieu, qui contribuera à structurer ma vie, qui sera mon éternel – les histoires de la religion et de quête de Dieu ne sont-elles pas des métaphores de la rencontre amoureuse ?

En revenant à Dieu, celui des hommes, qui ne meurt pas et ne vit pas ailleurs que dans le coeur, je me suis rendue compte que toutes les guerres, toutes les discussions, toutes les incompréhensions entre les religions étaient liées aux conceptions différentes que l’on pouvait avoir de Dieu, desquelles découlaient des règles qui, en structurant la vie des hommes en harmonie, paradoxalement contribuait à les diviser. Et ayant conscience de cela, malgré tout, il y avait toujours des hommes et des femmes pour plonger dans une religion, pour décréter une vérité universelle et pour combattre en son nom ceux qui croient dans un Dieu différent. Comme si nous devrions tous être amoureux de la même personne, qui serait, à elle-seule, l’incarnation de la vérité et de l’amour. Comme si le fait même d’être amoureux n’était pas déjà, en soi, la preuve de l’existence de l’amour.

Pourquoi ?

L’incompréhension du monde. Qu’elle découle de l’inculture, de la souffrance ou de l’angoisse, l’incompréhension du monde trouve un refuge brillant en Dieu et dans la religion : rien ne peut s’expliquer, parce qu’un être, dont les motivations nous sont inconnues, mais à qui l’on va vouloir plaire pour qu’il nous préserve, décide des chemins de nos vies. Tout ce qui ne trouve pas de réponse évidente trouve dans la religion une réponse rapide en quatre lettres. Tout ce qui exige l’effort du corps et de l’esprit peut être remplacé par les rites de la croyance.

L’espoir de la vie éternelle. Disons que nous comprenons le monde, ou que, du moins, nous soyons en chemin pour le comprendre – l’infinie profondeur du gouffre de la connaissance, de la beauté et de l’émerveillement fait craindre qu’il y ait trop à découvrir, à aimer, et à recommencer pour le peu de temps qu’il y a ou qu’il reste. Et si l’on est pas en capacité dans ce monde de vivre son expansion, de faire fleurir son être, si aujourd’hui on ne peut pas être glouton de la vie, alors il nous reste toujours comme espoir d’être, là-bas, au royaume des morts, ce que l’on n’a pu être ici. 

L’identité. Enfin, je ne sais plus comment occuper mes journées, je ne sais plus où trouver le beau, la vérité, la bonté – je crains de sentir en moi le diable qui mord et qui ronge. Je ne sais où placer mes curseurs – qui suis-je, face à l’infini du monde, à la petitesse de la vie, à la finitude de l’esprit ? Je ne peux être cette expansion, je ne peux être la réalité de mes désirs. Je suis alors catholique, à la messe le dimanche à 11h, à l’église les jours d’amour, de naissance, de mort, sur les routes d’Europe, le sac au dos, les jours de soleil. Je suis alors musulman, agenouillé sur mon tapis les matins, ivre de pain et de vin les soirs de jeûne, souriant aux bonheurs de la santé, le plus important. Je suis alors juif, éteint, aux couchers de soleil vendredi et samedi, persécuté, les jours de souffrance et de fatigue, croyant, les jours de bonne fortune. 

Mais si enfin l’on s’affranchit des trois, si l’on cherche à comprendre le monde en continuant de l’interroger, si l’on cherche à vivre éternellement en prenant chaque jour comme un recommencement, si l’on cherche à trouver son identité en créant ses propres règles, des règles « justes pour nous », y a-t-il toujours besoin de la religion et de Dieu ? De Dieu peut-être : après tout, qui peut s’avoir où vont les particules de l’âme, là où se cachent les rêves ? De la religion, c’est moins évident : la vie d’homme et de femme est, sans religion, une exigence et une responsabilité constante – artisans de nos propres vies, nous devenons libres de prendre les armes et de les rendre, ou de construire des immeubles touchant le ciel. 

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