Quel intérêt à/a la loi ?

Marseille.

Marseille et son eau noire des jours fériés. Marseille et ses chichas cachées sur la plage. Marseille et ses calanques travaillées. Marseille et son asphalte pigmenté des rayons d’or.

Je me faisais la réflexion, en admirant ce désordre harmonieux de la ville, que l’homme pouvait visiblement se passer d’écrire des lois – le soleil faisait rayonner la loi de l’humanité entre les êtres. Nul besoin de graver dans le marbre des prescriptions, puisque la foule indisciplinée se régule d’elle-même, comprend son intérêt d’elle-même, et chacun en agissant dans son meilleur intérêt agit dans le meilleur intérêt de tous. Encore faut-il connaître, comprendre et écouter son meilleur intérêt.

La chicha est interdite et pourtant je veux en fumer une – en fumant, peut être j’abime ma santé, mais ça ne concerne que moi. Mais la fumée qui s’échappe peut-être abime la santé de celui d’à côté, qui n’a rien demandé – est-ce que je m’en abstiens, au nom du peut être ?

Boire est interdit sur la plage, et pourtant j’ai envie d’un verre – en buvant, peut-être je risque de me noyer une fois à l’eau, mais ça ne concerne que moi. Est-ce que je ne bois pas ce verre, parce que le sauveteur risque de se noyer avec moi en venant me chercher ? Ou parce que finalement si je me noie, j’ajoute un peu plus au chagrin des hommes qui restent ? 

Comment savoir quel est mon meilleur intérêt, et comment je l’écoute ? Parlent en moi, et parfois sur un ton de discorde, les voix du cœur, du corps, et de la raison.

La loi a cette vertu de m’aider à le faire – ne mange pas trop gras, trop sucré, trop salé ; fumer est dangereux pour la santé ; 5 fruits et légumes par jour ; bougez, courez etc. La loi est ce vers quoi je reviens, lorsque je ne sais plus ce qui est bon pour moi – elle édicte une règle générale, qui fonctionne pour une majorité. Elle accepte d’être remise en question, elle accepte d’être modulée – peut-être 4 plutôt que 5 fruits et légumes, peut-être une cigarette par jour. Elle m’aide à vivre lorsque je ne sais plus, ou que je ne sais pas, comment. 

Marseille.

Marseille et sa dépose minute. Marseille et ses chauffeurs sans permis. Marseille et son bruit des klaxons énervés. Marseille et son accent amusé.

Deux files pour laisser filer ce qui filent ailleurs : une pour les taxis, une pour les autres. Mais il n’y a pas assez de place pour tous, et pas assez de temps pour tous – chacun décide de son intérêt avant celui des autres, chacun veut prolonger le moment des adieux, chacun veut profiter des quelques mètres ici pour repartir plus rapidement là-bas. Je sais en m’arrêtant maintenant que je bloque derrière moi les autres ; je sais en m’arrêtant maintenant que je pourrai faire quelques mètres de plus, prendre un ticket au parking, et accompagner ceux qui partent au quai de leur train. Pourtant je ne le fais pas ; je m’arrête, j’énerve ceux derrière, je culpabilise d’énerver ceux derrière, et je ne dis presque pas au revoir, pour repartir plus vite, seule et sans embouteillages. La loi m’évite de penser à tout ça : elle m’aide à vivre avec les autres, sans arrières-pensées. 

Marseille

Marseille m’a fait me rappeler de l’intérêt de la loi, de sa justesse parfois, de son absurdité d’autres fois. La loi est cette chose étrange et unique qui vient directement du cœur des hommes, et comme lui, elle n’est pas toujours bonne.

Rigide souvent, elle oublie ce qui la fonde – l’égalité devant le soleil, la liberté devant la mer, la fraternité sur les plages. Inconsciente parfois, elle punit par inadvertance ceux qui lui font confiance – et viennent grèves générales, et pleurs indignés. Éternelle, la loi cesse d’être mystérieuse lorsque qu’elle fait régner la paix sur la terre aux hommes qui l’aiment.

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