Rapides critiques – Fatima Daas & Alice Zeniter

Difficile de se remettre à écrire, donc j’ai lu. J’ai lu deux livres de femmes, deux livres de rentrée, deux livres de faible hasard.

D’abord j’ai lu La petite dernière de Fatima Daas, qui raconte Fatima, qui est, au fil de l’écriture, des personnes, des situations, des émotions.

« Je suis Fatima Daas / Je suis algérienne / Je suis française / Je suis française d’origine algérienne » 

« Je suis Fatima Daas / Je suis cette banlieusarde qui observe le comportement des parisiens »

Puis qui raconte Fatima qui devient, plutôt qu’elle n’est :

« Je m’appelle Fatima Daas/ J’ai un faible pour la fragilité/ Un faible pour l’hypersensibilité »

Lentement, Fatima n’ « est » plus le nom qu’elle porte, mais elle s’ « appelle ». Pour reprendre Léonora Miano (Rouge Impératrice), ce n’est plus le nom qui la porte mais c’est elle qui porte le nom

Par incantations, Fatima Daas existe. La petite dernière est comme un très long poème, une version individualisée du Coran – à ceci près, qu’elle est un long dévoilement de l’être, d’une Fatima qui est d’abord tout l’héritage de sa peau, de sa couleur, de son nom, de sa religion, de son pays, de ses pays, de ses parents ; puis d’une Fatima qui s’appelle et se rappelle à elle-même, qui alors écrit sa propre histoire, et qui apprend à aimer « Je m’appelle Fatima, je regrette qu’on ne m’ait pas appris à aimer. », et à aimer les femmes, contre le sens de l’histoire imposée :

« Je m’appelle Fatima / Je porte le nom d’un personnage sacré en islam / Je porte un nom auquel je dois rendre honneur / Un nom que j’ai sali. »

Finalement, Fatima Daas incarne le combo de la complexité identitaire moderne – française, mais aussi algérienne ; femme, mais aussi lesbienne ; petite dernière, mais aussi première. Alors, si le propos est à la mode, c’est surtout le style qui est assez fracassant de sincérité – et c’est ce qui fait la justesse, la beauté, et la dignité de la mise à nu ; et ce qui donne de l’espoir pour la littérature à venir.

À l’inverse, dans Comme un empire dans un empire, Alice Zeniter fait plus du reportage et moins de la poésie ; elle est plus politique, et moins poétique. Elle fait réfléchir sur les enjeux de participation démocratique, de transparence d’internet, mais aussi de la prison, de l’amour des champs, et de la dissonance des corps. 

« Tu n’as jamais pensé, demanda Antoine, que tu t’intéresses peut être aux ordinateurs parce que tu peux ne pas avoir de corps sur Internet ? »

C’est un vrai roman contemporain, au sens de retranscription du réel, mais elle partage avec Fatima Daas le sentiment de la mise à côté de la vie, de la vie et de son observation, de la frontière trouble entre la vie et l’histoire que l’on en fait, pour créer de l’harmonie. 

2 commentaires sur « Rapides critiques – Fatima Daas & Alice Zeniter »

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